La puissance passive des biens matériels. – La potencia pasiva de los recursos naturales.

2.1 – La puissance passive des biens matériels.

Nous disons généralement que la terre est la cause matérielle de la valeur parce que la cause matérielle est ce qui nous permet de faire quelque chose.

Sans la matière il n’y avait aucune possibilité de produire ou d’obtenir quoi que ce soit. Les forces de la nature étaient considérées comme les véritables forces productives. L’homme, par son travail, ne pouvait que transformer la matière mais en aucun cas la produire. L’agriculture était considérée comme le  principal secteur de production de tout le système économique.

      Les Physiocrates, avec Quesnay et Mirabeau à leur tête, raisonnèrent sur ces fondements en affirmant la prépondérance du facteur  terre : « D’une graine sortent plusieurs graines et d’une vache plusieurs veaux, mais à partir de la toile d’une chemise on ne peut obtenir qu’une chemise et par conséquent il n’existe pas de produit net* [en français dans le texte] ou de surplus »1

Si nous confondons création physique avec création économique, il est évident que l’agriculture devient le seul secteur productif. L’origine de la valeur des choses se trouve dans la terre ou dans le grain  qui est son produit essentiel. La valeur de toute chose devrait être mesurée par la quantité de terre nécessaire à sa production. L’agriculture devient la pierre angulaire du Tableau économique* [en français dans le texte] des Physiocrates. On ne rend à la terre qu’une partie de sa production, elle est exploitée : l’excédent pourrait être considéré comme sa « plus -value ». Les changements technologiques qui permettent d’économiser de la terre sont les seuls qui pourraient permettre l’augmentation d’excédent. La théorie de la valeur des Physiocrates est une théorie de la valeur-terre. Si nous appliquons au Tableau économique* les tableaux des entrées-sorties de Leontief, l’agriculture apparaît comme étant l’unique secteur qui produit de la valeur ajoutée. La source qui alimente et génère le flux circulaire de richesses est la fécondité de la nature. L’industrie et tous les procédés de manufacture ont été considérés stériles. La valeur n’était rien d’autre que l’expression monétaire de la quantité de matière première contenue dans un produit et chaque travailleur ne peut ajouter au produit que la valeur des moyens de subsistance qu’il a consommés.2

Malgré l’aspect réducteur de la théorie de la valeur des Physiocrates, leur insistance au sujet de la productivité inhérente aux  ressources naturelles en fit une cause  importante de la valeur pour la pensée économique postérieure. L’idée que la valeur fasse toujours référence aux ressources naturelles est restée latente même si d’autres théories ont souligné l’importance de la valeur-travail ou celle de la finalité subjective.

Considérer de manière exclusive que la terre est la cause matérielle unique de la valeur est une simplification intolérable dans une analyse économique. Mais de la même manière, éliminer la terre comme cause matérielle a entraîné des erreurs très graves dans les approches purement subjectives de la théorie de la valeur.

Pour que le rapport de la valeur puisse naître, l’apport de biens matériels pouvant être améliorés, est nécessaire. Un produit plus fini que le précédent (et ayant, donc, une valeur supérieure, le rapport entre la limite d’origine et la limite finale étant plus étroit) ne peut être produit si le produit précédent n’a pas un certain potentiel. Entre l’existence et la non existence, il existe un état intermédiaire qui est l’existence potentielle.

Sur ce point, notre analyse diffère de celle de Menger qui manifeste une attitude trop subjective en insinuant que l’utilité n’est pas une qualité naturelle des choses et en ajoutant que ce n’est pas une propriété inhérente  au bien qui est estimé. 3

Pour être nommé « bien », le bien doit posséder quelque chose en soi, quelque chose qui ne lui a pas été donné par l’homme dont il doit satisfaire les besoins. Cette adéquation, cette utilité, ce service a un fondement dans la réalité. L’homme ne fait que les définir. Si ce n’était pas le cas, il n’y aurait pas de différence entre les biens réels et les biens imaginaires que Menger définit. Pour les biens imaginaires, c’est effectivement l’homme qui attribue à la chose une valeur qu’elle n’a pas réellement. Il lui attribue une propriété qui ne lui est pas intrinsèque.

La valeur économique est incluse dans le bien, elle en a besoin pour exister. Les réalités matérielles ont un potentiel sur lequel s’appuie le rapport réel de la valeur.

Dans notre système complexe d’échanges, dans lequel la valeur s’exprime à travers la valeur d’échange : l’argent,  moyen d’échange universel, devient une mesure de la valeur. Cette tendance habituelle exigée pour une plus grande flexibilité des échanges présente l’inconvénient, si on n’y prend pas garde, d’encourager l’attitude de ceux qui pensent seulement en terme d’argent. Au lieu de considérer la réalité concrètement, la valeur est séparée de la réalité pour être associée à d’autres valeurs abstraites et être exprimée en terme d’argent. Il est paradoxal que la science économique, qui a comme sujet les réalités matérielles et qui devrait souligner leur contribution à la valeur, participe à l’extension de cette erreur qui peut avoir de graves conséquences. Le danger qui consiste à tout réduire au dénominateur commun monétaire peut faire oublier les obstacles naturels constitués par la terre, le travail ainsi que les biens du capital.

Dans le cas du bien du capital humain, du travail humain, l’affirmation de Menger pourrait nous amener à la conclusion que la valeur, l’utilité, l’adéquation d’un travailleur n’est pas une qualité, une capacité du travailleur puisque cette valeur lui est donnée par la personne à qui bénéficie son activité.

Les réalités matérielles ont, en elles, la capacité de satisfaire certains objectifs humains. La réalité matérielle a une « vocation » humaine, elle a été créée de telle manière qu’elle contient cette capacité à servir les besoins de la nature humaine. L’homme, grâce à son intelligence, découvre ce potentiel et par son activité, son travail, il le transforme en réalité.

Le potentiel de la matière a été mis en avant par la découverte de Watt de la machine à vapeur en 1769. Cette découverte a permis la multiplication des machines, de plus en plus sophistiquées, qui utilisaient de la matière inanimée. Les ressources naturelles non-biologiques représentaient des sources d’énergie très importantes au service des objectifs de l’homme.  Ce transfert des forces biologiques vers les forces physiques a fait découvrir l’énorme potentiel de la matière. Jamais auparavant, on n’avait  reconnu et autant  profité des forces libérées de la matière. La conception humaine de la nature connaissait ainsi une révolution décisive4. Jusque là,  seul le monde vivant avait été dominé et, dorénavant le monde inerte commencera à l’être. La force brute de travail,  nécessaire pour transformer la vie matérielle de l’homme, se trouvait là, à notre disposition, enfermée dans la matière. Dans tout le processus de production, la dépendance à la matière devenait plus évidente. Les ressources naturelles, et plus seulement les organismes vivants, devenaient les protagonistes à l’origine de la production des biens.

L’homme a pu augmenter la matière dont il disposait en exploitant le sous-sol. La base des activités humaines qui auparavant se limitait au sol comme source des forces biologiques s’est agrandie. L’activité agricole était l’unique activité productive. C’était, en effet,  la seule dont le produit obtenu était bien supérieur au travail humain grâce au concours gratuit des forces de la nature.  Dans notre civilisation, non seulement les agriculteurs, mais aussi les  ouvriers et les artisans, travaillent avec la collaboration gratuite des forces issues de la nature, du sous-sol plutôt que du sol, de la matière inerte plus que de la biologique, de la matière inanimée qui auparavant était inconnue, latente et qui aujourd’hui est activée. Grâce à la plus grande contribution de la cause matérielle, la productivité a notablement augmenté.

Nous pouvons dire que tout produit fini dépend des semi-finis et ceux-ci des primaires. Le facteur terre, les ressources naturelles qui n’ont pas été produites par l’homme, sont la cause matérielle de l’apparition et de l’accroissement postérieur de la valeur économique. Parce qu’elle est associée au sujet d’origine, la valeur dépend de ses principes constitutifs.

Pour atteindre le produit fini en terme de valeur il faut partir des ressources naturelles qui n’ont pas été produites par l’homme mais dont celui-ci dispose. La terre est le principe potentiel de toute marchandise et donc de tout rapport réel de valeur. La terre contient, en elle, potentiellement, tous les produits finis.

1 ARGEMI, Las raíces de la ciencia económica, Barcanova, Barcelona 1987, p.101.
2 MARTINEZ ECHEVARRIA, Evolución del pensamiento económico, Espasa Calpe, Madrid 1983. pp.40-45.
3 MENGER avait affirmé : « Un bien – considéré depuis la perspective de son utilisation- a une relation causale quelques fois proche et d’autres fois plus distante par rapport à la satisfaction d’une nécessité humaine, et il ne s’agit donc pas d’une propriété inhérente au bien »( Principios de economía política, Unión Editorial, Madrid 1985, p.53.
4 B. de Jouvenel a dit: «  La grande mutation qui m’obsède est le transfert des forces biologiques aux forces physiques… La matière est considérée comme passive ; mais c’est cette nouvelle passivité qui se convertit en nouvelle source de mouvement : une révolution pour la conception humaine de la nature.
                Ni le génie chinois ni, plus proche de nous, le génie italien du XVI siècle n’ont été capables de mettre au service de leur inventivité les forces libérées de la matière » ( La civilización de la potencia, Editorial Magisterio Español, pp.20-21)

FONDEMENTS DE LA VALEUR ECONOMIQUE – FUNDAMENTOS DEL VALOR ECONÓMICO

TABLE DES MATIERES.

1 – La potencia pasiva de los recursos naturales.

Las realidades materiales tienen en sí, en su misma estructura, determinadas capacidades de satisfacer objetivos humanos, determinadas idoneidades. La realidad material tiene “vocación” humana, está creada de tal forma que mantiene en su mismo ser una expectativa de humaniza­ción, de servicio a los requerimientos de la naturaleza humana. El hombre, con su inteligencia, capta, descubre, esas expectativas y con su actividad, trabajo, las hace realidad.

Esas expectativas de humanización que la materia posee han sido realzadas con la inventiva occidental europea a partir del descubrimiento de Watt, en 1769, de la máquina de vapor que permitió la multiplicación de maquinaria, cada vez más sofisticada, que se nutría de la materia inanimada. Los recursos naturales no biológicos se presentaban como fuentes poderosísimas de energía al servicio de los objeti­vos humanos. Ese tránsito de las fuerzas biológicas a las físicas ha hecho descubrir el enorme poder encerrado en la nueva pasividad de la materia. Nunca antes se llegó tan lejos en el reconomiento y aprovechamiento de las fuerzas liberadas de la materia. La idea humana de la naturaleza, experimentaba, con ello, una decisiva revolución (3). Hasta entonces se había dominado el mundo viviente, ahora se empezaba a dominar el más inerte. La fuerza de trabajo, que tan necesaria es para la transformación de la vida material de los hombres, se encontraba a nuestra disposición encerra­da en la materia. El concepto del factor de producción tierra ampliaba sus límites. En todo el proceso productivo la dependencia de la materia se hacía, si cabe, más patente. Los recursos naturales, y no sólo los organismos vivos, son protagonistas originarios en la producción de bienes.

El hombre ha podido acelerar el crecimiento mate­rial gracias a la conquista y explotación del subsuelo. La base de las actividades humanas que anteriormente se limita­ba al suelo como fuente de las fuerzas biológicas se ha ampliado y potenciado. La insistencia fisiocrática en la Tierra como único sector auténticamente productivo ampliaba su campo de acción. La actividad agrícola era la única actividad productiva porque era la única en que el producto obtenido era muy superior al equivalente del trabajo humano invertido gracias al concurso gratuito de las fuerzas naturales. En nuestra civilización, no sólo los agricultores, sino los obreros y artesanos de la industria y también el sector servicios, trabajan con la colaboración gratuita de fuerzas extraídas de la naturaleza, del subsue­lo en vez del suelo, de la materia inerte, más que de la biológica, de la materia inanimada antes latente y descono­cida y ahora activada. Gracias a la mayor contribución de la causa material, la productividad se ha ampliado notablemen­te. Las actividades industriales y de servicios se han hecho productivas en el sentido fisiocrático, gracias a la inter­vención de los dones gratuitos de la naturaleza.

Podemos decir que todo producto terminado tiene una dependencia de los semiterminados y éstos de los origi­narios no producidos. El factor Tierra, los recursos naturales no producidos por el hombre, son la causa material de la aparición e incremento del valor económico. Por estar adherido al sujeto origen, el valor tiene una dependencia en cuanto a sus principios intrínsecos constitutivos.

Decimos que la Tierra es la causa material del valor porque la causa material es aquello de lo cual y en lo cual se hace algo(4).

Para alcanzar el producto acabado en términos de valor hay que partir de los recursos naturales, no produci­dos, pero dispuestos para ser utilizados por el hombre. La tierra es principio potencial pasivo de toda mercancía y por tanto de toda relación real de valor. La Tierra contiene en sí los productos terminados como potencia pasiva, como posi­bilidad de ser, como mera capacidad. La Tierra realiza la función de sujeto receptivo de las sucesivas formas de los productos intermedios hasta llegar al final.

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(3)-Dice B. JOUVENEL:”La gran mutación que me obsesiona es el tránsitode las fuerzas biológicas a las fuerzas físicas.””…la materia se consideraba pasiva; pero es esta nueva pasividad la que se convierte en nueva fuente de movimiento: una revolución en la idea humana de naturaleza.
Ni el ingenio chino ni, más próximo a nosotros,el ingenio italiano del siglo XVI fueron capaces de poner al servicio de su inventiva las fuerzas liberadas de la mate­ria” Bertrand de Jouvenel.- La civilización de la potencia.- Editorial Magisterio Español,- pag 20-21
(4)- ARISTOTELES: Physica. Libro II. c. 3, 194b,24

FONDEMENTS DE LA VALEUR ECONOMIQUE – FUNDAMENTOS DEL VALOR ECONÓMICO

TABLE DES MATIERES.

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