Rapport « concret » et « réel » d’adéquation.

Rapport « concret » et « réel » d’adéquation.

 

Le rapport qui constitue la valeur est un accident de l’objet estimé qui s’oppose au concept de substance. Les valeurs économiques ne sont pas des substances autochtones qui se répandent à leur guise dans l’univers. Les substances se nourrissent d’elles même. Le rapport, lui, doit se nourrir d’une substance.

            Pour s’approcher du concept de valeur, nous devons déterminer, tout d’abord, ce qu’elle n’est pas. La valeur économique n’est pas une substance. Ce n’est pas quelque chose en soi, subsistant par lui-même. La valeur a besoin de s’appuyer sur une substance, de se fixer sur un sujet, elle n’a pas d’essence propre, différente de celle de tous les autres. Cet aspect peut induire en erreur comme le signalait déjà Böhm-Bawerk : « Nous, les économistes, nous aimons beaucoup différencier nos catégories scientifiques de la base matérielle vulgaire  sur laquelle elles se révèlent dans la réalité pour les élever au rang d’idéaux libres ayant une existence propre. La « valeur » des biens, par exemple, nous semble trop noble pour être toujours associée aux biens matériels comme si c’était leur incarnation. Par conséquent nous libérons la valeur de son enveloppe indigne et nous la transformons en un être ayant sa propre existence, suivant ses propres chemins, indépendant et ayant même le pouvoir d’être néfaste pour  son vil porteur. Nous faisons en sorte que la « valeur » soit perdue sans son  bien et que le bien soit rien  sans sa « valeur » Nous faisons en sorte que les biens puissent être détruits et que leur valeur survive ou qu’au contraire, les « valeurs » périssent sans que ses porteurs ne subissent aucun préjudice.  Et nous considérons aussi qu’il est trop simple d’attribuer la catégorie de capital à un ensemble de biens matériels. Par conséquent, nous distinguons  cette catégorie de ces biens et convertissons le capital en quelque chose qui flotte parmi les biens et qui survit même si ses composants disparaissent. »14

            Les valeurs sont nécessairement unies aux biens évalués. La valeur est une propriété de ces biens, c’est un type déterminé d’accident qui existe forcément dans un « autre» C’est une propriété, en étroite relation avec la substance, mais tout de même une propriété. Elle a une dépendance absolue quant à  la substance. C’est une certaine perfection qui est comprise dans la chose estimée. Si l’objet évalué n’existe pas, la valeur n’a pas de réelle essence.

      La valeur économique est un rapport réel, qui n’a pas été mis en place par la raison.

            Il est fondé sur la réalité de l’objet de départ, des objets complémentaires et de l’objet

final. Si une des extrémités de ce rapport n’est pas réelle mais fictive, la valeur ne peut pas          exister. Ce n’est pas un rapport créé par la raison, ni un rapport entre concepts, ni un rapport entre des extrémités fictives. C’est un rapport factice qui repose sur des êtres réels. Les êtres réels se différencient des êtres de « raison » parce que les premiers ont une véritable entité alors que les êtres de « raison » sont simplement pensés, sans densité ontologique, comme disent les philosophes. Ainsi,  la valeur économique a une existence vérifiable quand les sujets initiaux, complémentaires et finaux sont des êtres matériels.

            C’est pour cela que nous ne pouvons pas affirmer que les valeurs économiques sont des formes subjectives, mentales, simplement pensées pour regrouper des phénomènes mais qu’au contraire, elles constituent des formes réelles liées à la saisie de vrais objets.

La valeur économique est nécessairement liée aux choses réelles. Ce n’est pas quelque chose en soi, mais c’est une manière d’être de ces choses, et donc elle ne peut exister sans elles.

      « Nos biens matériels et leur utilité, nos capitaux-choses et leur action productive font réellement partie de la sphère matérielle même quand ils ne se trouvent pas seulement réduits à elle ; les idéaliser n’aide pas à les comprendre mais au contraire les dénature »15

      Parce que c’est un rapport réel, il affecte intrinsèquement la substance évaluée en la déterminant par rapport à l’être humain. La valeur économique possède une essence propre qui détermine sa substance de manière originale.

      C’est pour cette raison que nous pouvons affirmer que la valeur est une réalité et une notion. On peut parler de réalité car elle s’identifie absolument à la réalité de l’objet que nous estimons (par rapport à une qualité ou une propriété de l’entité en question). Sa réalité coïncide avec l’objet à évaluer, si cet objet est détruit, sa valeur disparaîtra à son tour. La valeur de la chose évaluée convient à l’homme qui l’estime et ce rapport d’adéquation est capté par l’intelligence mais n’est pas crée par elle. La valeur économique qui est fondée sur la réalité de l’objet estimé ne découle  pas réellement de l’intelligence ou de la volonté de l’homme, mais au contraire c’est l’intelligence et la volonté de l’homme qui suivent la découverte de la véritable valeur économique. La valeur ne dépend pas de notre connaissance ni de notre volonté puisque les choses ont une valeur dans la mesure ou elles ont une réalité, et pas seulement parce qu’elles sont connues ou désirées.

      De ce fait, la valeur économique n’est pas crée, elle est découverte. En découvrant ce potentiel de relation à l’humain  qu’ont les choses, l’homme tente d’extraire cette capacité et de la diriger vers l’accomplissement des finalités humaines.

      La complémentarité horizontale et verticale, comme caractéristique typique du rapport réel de la valeur, introduit un nouveau facteur substantiel à prendre en compte. Une fois  établie cette trilogie de sujets, en rapport avec la valeur, nous pouvons conclure  que nous avons trois voies distinctes pour accroître notre connaissance des valeurs économiques des choses :

  • En développant notre connaissance des caractéristiques de ce que nous voulons estimer.

  • En connaissant mieux les caractéristiques, la nature et les objectifs du sujet final.

  • En étudiant davantage les relations de complémentarité entre le sujet d’origine et toutes les choses nécessaires à l’élaboration de l’objectif du sujet final. 

Ces trois voies par lesquelles nous améliorons notre connaissance de la valeur commencent avec la perception des caractéristiques externes de ce que nous étudions puis passent par la compréhension des caractéristiques plus profondes et fondamentales. Une fois les caractéristiques fondamentales connues, nous devons étudier à nouveau les caractéristiques externes dans le but de les appréhender de manière plus complète. Ce procédé de va et vient de l’accidentel vers le substantiel et inversement sera constant puisque notre objectif consiste à mieux comprendre la valeur économique des choses.

            Améliorer notre connaissance de la valeur économique sous-entend de constant va et vient de l’accidentel vers le substantiel et inversement que l’on s’intéresse au sujet de départ, à l’objectif final ou aux objets qui complètent l’objet initial pour le transformer en objet final.

            La première caractéristique qui rend un objet utile est le fait qu’il existe, qu’il soit accessible, disponible hic et nunc, à un endroit et un moment précis.

            D’autre part, tous les biens sont différents, ils sont tous uniques, on ne peut en substituer un par un autre et ils sont tous complémentaires. Ils ont donc tous,  une valeur différente.

            Dans les modèles mathématiques, on fait toujours abstraction d’une multitude de qualités, et bien souvent de l’espace et du temps. Il faut toujours avoir ces paramètres à l’esprit au moment d’appliquer  ces modèles à la vie réelle. Dans la vie réelle il n’y a pas de biens que l’on puisse remplacer et il faut toujours tenir compte du temps et de l’espace. Le sujet économique final, auquel nous nous référons au moment de l’estimation  occupe toujours un espace et un temps qui lui sont propres.

                        La tendance qui consiste à raisonner exclusivement en terme d’argent, qui est une expression abstraite, nous éloigne de cette concrétisation propre à toute réalité économique.

Le principe important de la diminution de l’utilité marginale est un reflet de la réalité et de l’originalité de chaque unité d’un bien déterminé.

Puisque l’utilité, même des aliments et de l’eau, selon Jevons « semble disparaître …au-delà d’un certain point » il est essentiel de «  différencier l’utilité totale d’une marchandise et l’utilité d’une portion de celle-ci »16 .

Si la concrétisation originale des différents biens réels est une caractéristique prédominante dans la considération de la valeur, la concrétisation du sujet humain final l’est davantage.

Il est nécessaire d’approfondir la richesse originale de cette concrétisation sans faire d’abstractions simplistes sur sa nature et sans établir des modèles de comportements humains généraux et homogènes qui nous éloignent de l’individualité concrète de chaque être humain.

            Marshall, pour sa part, affirmait que « sur tous ces sujets (les économistes) considèrent à l’homme tel qu’il est, non comme un être économique abstrait mais comme un être de chair et d’os »

14 BOHM-BAWERK, Capital e interés, FCE, México 1986, p.509.
15 BOHM-BAWERK, op.cit., p.510.
16 JEVONS, op.cit., p.54.